Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.
Le Mont Canigou, terre à nulle autre pareille - Montagne sacrée.
Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon lorsqu'il désavoue le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.
Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, -vins, fruits et légumes primeurs de qualité-, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.
De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphèriques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Ecrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques Ouest, de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, -ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...?-, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.
Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, -des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine...-, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, -les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues...-, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, -étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies-, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.
Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'oeuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.
Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, oeuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, surgit "Canigo" de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque etextraordinaire, un éclat, lors hexamètes et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux "dans le ciel bleu flamboyant", en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.
Immutable i etern Canigó
Gegant català, fascinant muntanya, ciutadella avançada dels Pirineus i vell pastor dels anys encaputxat de buateshiemales, el Massís del Canigó,rudesa de la roca cristal·lina i dolçor mediterrani barrejant-s'hi ambfelicitat, discernible de fort lluny, se separa, sobre els hortsmagnificats de variacions de blanc i de rosa, entre neus i arbres enflor.
El Mont Canigó, terra a cap altra semblant - Muntanya sagrada.
Sans se trouver sans jamais se trouver voyageurs de l'absurde dans l'ombre noire de la misère voyageurs de l'impossible naissance infâme sans se trouver aveugles sans bagage comme des automates déréglés sans jamais se trouver marchent aux dents des fleurs de couteaux amères ombres abjectes marchent déracinés les hommes désincarnés sans se trouver sans jamais se trouver.
Chiens errants corps sans tête cols tranchés
sous la hache vengeresse
sans se trouver sous le soleil des impuissants sans jamais se trouver marchent les hommes haves fantasmagoriques
Ils marchent déboussolés.
Et la nuit en lambeaux sur leur chair trouée tombe lépreuse.
Ombres dantesques les hommes désincarnés se cherchent en rond sans se trouver sans jamais se trouver.
Vagareig.
Sense trobar-se sense trobar-se mai viatgers de l'absurd en l'ombra negra de la misèria viatgers de l'impossible naixement infame sense trobar-se cecs sense equipatge com autòmats desarreglats sense trobar-se mai caminen a les dents flors de ganivets amargues ombres abjectes caminen desarrelats els homes desencarnats sense trobar-se sense trobar-se mai.
Gossos errants cos sense cap colls tallats sota el destral venjador sense trobar-se sota el sol dels impotents sense trobar-se mai caminen els homes esblanqueïts fantasmagòrics
Caminen desemparnats.
I la nit en pelleringues sobre la seva carn foradada cau leprosa.
Ombres dantesques els homes desencarnats es busquen donant voltes sense trobar-se sense trobar-se mai.
Vagabundeo.
Sin encontrarse sin encontrarse nunca viajeros del absurdo en la sombra oscura de la miseria viajeros del imposible nacimiento infame sin encontrarse ciegos sin equipaje como autómatas desarreglados sin encontrarse nunca andan a los dientes flores de cuchillos amargas sombras abyectas andan desarraigados los hombres desencarnados sin encontrarse sin encontrarse nunca.
Perros callejeros cuerpo sin cabeza cuellos cortados bajo el hacha vengadora sin encontrarse bajo el sol de los impotentes sin encontrarse nunca andan los hombres cortas fantasmagóricos
Andan desconcertados.
Y por la noche a jirones sobre su carne agujereada tumba leprosa.
Sombras dantescas los hombres desencarnados se buscan dando vueltas sin encontrarse sin encontrarse nunca.
Vagabundagem.
Sem ser sem nunca ser viajantes do absurdo na sombra escura da miséria viajantes do impossível nascimento infame sem ser encubra sem bagagem como robôs sujo sem nunca ser eles caminham para os dentes flores amargas de facas óculos escuros miseráveis caminham erradicado o desencarnados de homens sem ser sem nunca ser.
Cachorros de rua corpo sem cabeça corte pescoços debaixo do machado vingador sem ser debaixo do sol do impotente sem nunca ser os homens caminham você corta fantasmagóricos
Caminham confundido.
E a noite em fragmentos na abertura de carne deles tumba leprosa.
Óculos escuros dantescos o desencarnados de homens são olhados por dar voltas sem ser sem nunca ser.
Vagabondaggio.
Senza trovarsi senza trovarsi mai viaggiatori dell'assurdo nell'ombra nera della miseria viaggiatori dell'impossibile nascita infame senza trovarsi cieci senza bagaglio come gli automi sregolati senza trovarsi mai camminano ai denti dei fiori di coltelli amari ombre abiette camminano sradicati gli uomini disincarnati senza trovarsi senza trovarsi mai.
Cani erranti corpo senza testa colli troncati sotto l'ascia vendicatrice
senza trovarsi sotto il sole degli impotenti senza trovarsi mai camminano gli uomini smunti fantasmagoriques
Camminano sconcertati.
E la notte in brandelli sulla loro carne bucata tomba lebbrosa.
Ombre dantesche gli uomini disincarnati si cercano in cerchio senza trovarsi senza trovarsi mai.