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Blog crée le 02 Mars 2007
Blog modifié le 03 Mars 2007

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Vendredi 2 mars 2007 à 18h55
Immuable et éternel Canigou.
Immuable et éternel Canigou. - Rain-Blog




















Immuable et éternel Canigou.

Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.

Le Mont Canigou,
terre à nulle autre pareille -
Montagne sacrée.

Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon lorsqu'il désavoue le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.

Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, -vins, fruits et légumes primeurs de qualité-, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.

De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphèriques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Ecrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques Ouest, de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, -ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...?-, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.

Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, -des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine...-, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, -les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues...-, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, -étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies-, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.

Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'oeuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.

Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, oeuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, surgit "Canigo" de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque etextraordinaire, un éclat, lors hexamètes et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux "dans le ciel bleu flamboyant", en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.


Immutable i etern Canigó

Gegant català, fascinant muntanya, ciutadella avançada dels Pirineus i vell pastor dels anys encaputxat de buates hiemales, el Massís del Canigó,rudesa de la roca cristal·lina i dolçor mediterrani barrejant-s'hi ambfelicitat, discernible de fort lluny, se separa, sobre els hortsmagnificats de variacions de blanc i de rosa, entre neus i arbres enflor.

El Mont Canigó,
terra a cap altra semblant -
Muntanya sagrada.

Raymond MATABOSCH.
Vendredi 2 mars 2007 à 16h32
Errance
Errance - Rain-Blog
























Errance.

Sans se trouver

sans jamais se trouver
voyageurs de l'absurde
dans l'ombre noire de la misère
voyageurs de l'impossible
naissance infâme
sans se trouver
aveugles sans bagage
comme des automates
déréglés
sans jamais se trouver
marchent
aux dents
des fleurs de couteaux amères
ombres abjectes
marchent
déracinés
les hommes désincarnés
sans se trouver
sans jamais se trouver.

Chiens errants
corps sans tête
cols tranchés
sous la hache vengeresse

sans se trouver
sous le soleil des impuissants
sans jamais se trouver
marchent
les hommes
haves fantasmagoriques

Ils marchent
déboussolés.

Et la nuit en lambeaux
sur leur chair trouée
tombe lépreuse.

Ombres dantesques
les hommes désincarnés
se cherchent en rond
sans se trouver
sans jamais se trouver.


Vagareig.

Sense trobar-se
sense trobar-se mai
viatgers de l'absurd
en l'ombra negra de la misèria
viatgers de l'impossible
naixement infame
sense trobar-se
cecs sense equipatge
com autòmats
desarreglats
sense trobar-se mai
caminen
a les dents
flors de ganivets amargues
ombres abjectes
caminen
desarrelats
els homes desencarnats
sense trobar-se
sense trobar-se mai.

Gossos errants
cos sense cap
colls tallats
sota el destral venjador
sense trobar-se
sota el sol dels impotents
sense trobar-se mai
caminen els homes
esblanqueïts fantasmagòrics

Caminen
desemparnats.

I la nit en pelleringues
sobre la seva carn foradada
cau leprosa.

Ombres dantesques
els homes desencarnats
es busquen
donant voltes
sense trobar-se
sense trobar-se mai.



Vagabundeo.

Sin encontrarse
sin encontrarse nunca
viajeros del absurdo
en la sombra oscura de la miseria
viajeros del imposible
nacimiento infame
sin encontrarse
ciegos sin equipaje
como autómatas
desarreglados
sin encontrarse nunca
andan
a los dientes
flores de cuchillos amargas
sombras abyectas
andan
desarraigados
los hombres desencarnados
sin encontrarse
sin encontrarse nunca.

Perros
callejeros
cuerpo sin cabeza
cuellos cortados
bajo el hacha vengadora
sin encontrarse
bajo el sol de los impotentes
sin encontrarse nunca
andan los hombres
cortas fantasmagóricos

Andan
desconcertados.

Y por la noche a jirones
sobre su carne agujereada
tumba leprosa.

Sombras dantescas
los hombres desencarnados
se buscan
dando vueltas
sin encontrarse
sin encontrarse nunca.


Vagabundagem.

Sem ser
sem nunca ser
viajantes do absurdo
na sombra escura da miséria
viajantes do impossível
nascimento infame
sem ser
encubra sem bagagem
como robôs
sujo
sem nunca ser
eles caminham
para os dentes
flores amargas de facas
óculos escuros miseráveis
caminham
erradicado
o desencarnados de homens
sem ser
sem nunca ser.

Cachorros de rua
corpo sem cabeça
corte pescoços
debaixo do machado vingador
sem ser
debaixo do sol do impotente
sem nunca ser
os homens caminham
você corta fantasmagóricos

Caminham
confundido.

E a noite em fragmentos
na abertura de carne deles
tumba leprosa.


Óculos escuros dantescos
o desencarnados de homens
são olhados por dar voltas
sem ser
sem nunca ser.


Vagabondaggio.

Senza trovarsi
senza trovarsi mai
viaggiatori dell'assurdo
nell'ombra nera della miseria
viaggiatori dell'impossibile
nascita infame
senza trovarsi
cieci senza bagaglio
come gli automi
sregolati
senza trovarsi mai
camminano
ai denti
dei fiori di coltelli amari
ombre abiette
camminano
sradicati
gli uomini disincarnati
senza trovarsi
senza trovarsi mai.

Cani erranti
corpo senza testa
colli troncati
sotto l'ascia vendicatrice

senza trovarsi
sotto il sole degli impotenti
senza trovarsi mai
camminano
gli uomini
smunti fantasmagoriques

Camminano
sconcertati.

E la notte in brandelli
sulla loro carne bucata
tomba lebbrosa.

Ombre dantesche
gli uomini disincarnati
si cercano in cerchio
senza trovarsi
senza trovarsi mai.

Raymond MATABOSCH